Images CINEMA et images télévisées

Images CINEMA  et images télévisées

accidents mortels.

  C'est en parcourant quelques anciens livres sur la pratique de la vidéo ou les manuels  qui donnent les premiers conseils pour bien utiliser son caméscope , que je me suis rendu compte que l'on y parlait que des thèmes  en rapport avec la famille : comment filmer un mariage , ses vacances , l'anniversaire du p'tit dernier et  les paysages ...?

  S'il est vrai que pour  l'amateur de belles images ces quelques notions sont  importantes , voici d'autres situations certainement moins courantes ( à moins d'être journaliste ou pompiers ou policiers  ! ) mais , qui peuvent être néanmoins rencontrées par chacun d'entre nous ... pour peu que nous en cherchions l'expérience. Il ne s'agit là que d'observations personnelles et de petites anecdotes glanées sur le terrain mais , ces quelques astuces et infos peuvent donner une petite idée de l'approche du sujet et de sa bonne réalisation . (  à vrai dire , je compte beaucoup sur les commentaires et VOS expériences sur ces thèmes pour parfaire cette présentation... donc ... merci d'avance ! )

alors , demain si je dois filmer : ..... 


si demain je dois filmer un accident !

 Quelques observations de terrain et astuces pour les journalistes reporter d'images et correspondants images sur le terrain ....

 

 
Premières observations : si l'on doit filmer un accident c'est que notre fonction nous y autorise donc, c'est souvent dans le cadre d'un des métiers cités plus haut.
D'ailleurs , il n'y a rien de plus terrible que d'être témoins d'un évènement grave de ce type et personne ne prendrait plaisir à vouloir couvrir de lui-même ce genre de reportage .
Mais dans le cadre de l'actualité télévisée , un accident grave qui occasionne des perturbations importantes sur le trafic routier et qui monopolise de nombreux secours sur plusieurs heures est un sujet de reportage ...malheureusement!
 Le plus téméraire des correspondant-images ou pigiste CDD ou Journaliste  ne se précipite pas sur ce type d'alerte et l'annonce même du bilan dramatique sur le terrain en décourage plus d'un.
Mais , voilà , c'est vous qui partez sur ce drame de la route à 02h du matin sur la départementale perdue entre deux villages isolés... vous ne connaissez que le lieu-dit et un premier bilan : Quatre morts sur un choc frontal entre deux véhicules .


Pendant neuf ans je suis intervenu sur des faits divers graves : accidents de la route , incendies , homicides entre 1990 et 1999 sur une zone de 60 km environ entre Luxembourg et Metz en Lorraine .
A une époque où l'on ne parlait pas de radars automatiques , les accidents étaient nombreux, graves et dramatiques sur une population jeune.
En tant que correspondant-images pour France 3 , j'entretenais de bonnes relations avec le CODISCentre Opérationnel Départemental d'Incendie et de Secours ) de Metz , les standardistes m'appelaient directement au départ d'une intervention et j'arrivais souvent en même temps qu'eux sur les scènes d'horreur .




Le premier réflexe lorsque l'on reçoit l'information d'un accident par une personne ( son rédacteur en chef ou les secours directement ) c'est de bien situer l'endroit : la nationale, le km/autoroute ou les deux villages qui sont proches du drame .
L'idéal c'est de visualiser rapidement sur une carte le lieu afin de ne pas se perdre et faire des détours inutiles.
Même si l'on possède un GPS il est bon de pouvoir imaginer le trajet le plus court pour rejoindre les secours .
Prévoir des vêtements chauds ( même en été ) car on ne sait jamais combien de temps va durer l'intervention dans la nuit.
En général , on ne sait pas grand-chose de l'accident car, le standardiste au téléphone est très occupé à faire partir ses camions et le personnel Sapeurs Pompiers.... il vous laisse rapidement avec peu d'éléments.

La caméra doit être prête , comme vous , à décoller en urgence.
 Dans le sac de reportage il doit y avoir plusieurs cartes, disques ou cassettes vierges , des batteries chargées ,un éclairage suffisant alimenté par la caméra ou une batterie auxiliaire et le chargeur de batterie au cas où . 
Il est bon d'avoir toujours des sacs en plastiques hermétiques et une housse anti-pluie pour protéger le matériel .
Je conseille même d'avoir toujours quelques mini-outils  pour resserrer un élément ou réparer une bricole .... c'est incroyable tout ce qui peut vous arriver en une nuit sur un accident.
Attention au départ:
-si la route a été dangereuse pour ces personnes , elle l'est également pour vous : nous ne sommes pas une ambulance , on a pas de gyrophares , rien ne sert de rouler vite et de prendre des risques.... 
Pensez que de toutes façons les premières images spectaculaires de l'accident avec des corps sur la chaussée ne peuvent être filmées et n'apportent rien au sujet .

A l'approche de l'accident il faut toujours se garer après les cônes de signalisation , derrière les feux des secours et penser aussi à laisser ses feux de détresse sur le bord de la route.
N'essayez même pas de vous garer ou même d'approcher une scène d'accident si vous n'êtes pas "accrédité "pour une intervention vidéo .
La curiosité de certains automobilistes pendant un accident a déjà produit des carambolages en séries et d'autres sur-accidents effroyables.

Je conseille vraiment le port du gilet jaune et des vêtements clairs désormais car , en 1990,comme sur ces photos,ce n'était pas encore dans les esprits.





Vous voilà maintenant sur le lieu du drame et c'est vraiment pire que vous ne le pensiez : le choc est terrible , il y a de l'eau  , de l'huile , du liquide de refroidissement partout sur la chaussée et des fragments de voitures un peu partout.
Des restants de véhicules fumant sont entourés de secouristes et de médecins qui s'occupent des blessés coincés dans les carcasses tordues.
Une rangée d'ambulances tous feux allumés attend sur le côté .
 La gendarmerie fait la circulation sur une seul voie mais , souvent , elle est coupée et les riverains sont déviés quelques kilomètres avant .

Faut-il vraiment montrer tout cela ??
NON !!
Il est bon de se rappeler alors à quoi vont servir nos images , qui va les regarder et à quelle heure. 

Il y a une sorte d'échelle de la gravité qu'on le veuille ou pas en télévision.
-un accident grave , c'est 20 à 30 secondes avec 5 ou 6 plans dans le JT du lendemain.
( fort heureusement , on ne nous en demande pas plus et c'est souvent déjà trop ! )
 
Si l'on décide de faire un reportage complet sur ce même drame ce ne sera qu'un sujet de 1minute 40 environ.
Un accident grave de bus dans les mêmes conditions c'est le reportage d'office et un véhicule satellite ( si c'est la journée ) pour être en direct du lieu du drame.

Alors , les plans larges pris de loin peuvent suffire à expliquer l'accident : rien que l'image des véhicules et la tête des secouristes dépités peuvent en dire long sur le choc. 

Ne rajoutons pas du drame à l'image :il y a des chaînes TV et des émissions qui vivent pour cela.

Petit détail technique pour les JRI : lorsqu'il y a un gros accident de nuit un camion-éclairage se déploie sur la zone .
Celui-ci est équipé de gros projecteurs puissants  autonomes montés sur un mât télescopique et c'est parfait pour les prises de vues .Il s'agit souvent d'un éclairage blanc avec une température de couleur proche des 4800 pour le réglage caméra.
Petit rappel : évitons de filmer les plaques minéralogiques , les objets personnels éparpillés et les traces de blessures.
Avant de partir il est intéressant de refaire le point avec le commandant de gendarmerie ou des Sapeurs-pompiers sur les causes de l'accident, l'heure exacte,l'âge des victimes,  les secours sur place et ,les hôpitaux qui vont prendre en charge les blessés.
Bien que l'on ne donne jamais le nom des personnes , il peut être judicieux d'entendre leur identité parmi les victimes il peut y avoir une personnalité connue, un élu , une personne recherchée et la simple "brève" de 30 secondes peut alors prendre des ailes .

 *crashs et accidents militaires:

Pour mémoire, il est très difficile d'approcher un accident dans le cadre d'opérations militaires même si le crash d'hélicoptère,par exemple,a eu lieu en pleine forêt.
Pratiquement dans l'heure un périmètre de sécurité avec des militaires en armes délimitent et en  interdisent l'accès .
Astuces:
Sachant cela et si l'on est deux journalistes, il est intéressant alors de s'arrêter quelques kilomètres avant le drame , de préparer sa caméra et d'approcher le périmètre gardé  tout en filmant.
L'intervention même du militaire vous empêchant de filmer la scène en mettant sa main sur l'objectif est une info .
ça sera peut-être d'ailleurs les seules images possibles à réaliser pour un accident de ce genre. Mise à part un plan large des fumées s'échappant des arbres au loin.
 

Si vous avez d'autres expériences, des observations et des astuces à partager,merci de me laisser un commentaire.

Si demain vous devez filmer un accident,soyez prudent!


à lire aussi sur le même sujet: gros incendies filmés
 

09/02/2010